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Voir la version complète : La dynamique du Japon - Jean-François Sabouret


Ced
02/06/2006, 19h31
http://www.lesatirique.info/forum/attachment.php?attachmentid=1549La dynamique du Japon
Histoire de la première modernité d’Asie

Dirigé par Jean-François Sabouret

Editeur : Saint Simon
Année de sortie : 2005
Nombre de pages : 432

La dynamique du Japon n’a rien à voir avec Histoire du Japon et des Japonais, tant sur la forme que sur le but recherché. Il n’est pas l’ouvrage par lequel commencer pour découvrir le Japon. Plusieurs raisons à cela. Son style thématique et non linéaire ne permet pas de voir l’évolution du pays dans son ensemble. Mieux vaut avoir déjà quelques bases.

Ce livre n’est pas l’œuvre d’un auteur, mais de plusieurs spécialistes. Si tous maîtrisent leur sujet, tous n’ont pas les mêmes facilités à vulgariser leur savoir. Les redondances entre chapitres ne gènent aucunement. Au contraire, elles aident à retenir et à clarifier les éléments clefs. En revanche, le style universitaire qui étale sa science sans se soucier d’être intelligible, non merci ! Ce problème ne touche pourtant qu’une infime minorité de chapitres. Malheureusement mal placés, c'est-à-dire en début d’ouvrage, ils peuvent décourager. A croire qu’il s’agit d’un bizutage pour voir si le lecteur tient le coup et mérite de lire la suite… une suite comportant des textes si bien écrits qu’ils font oublier ceux qui le sont moins.

L’ampleur à confectionner un tel ouvrage ne peut susciter qu’admiration et salutations. Réunir les écrits de tant de spécialistes venus d’horizons aussi différentes a du demander un travail titanesque. Un exercice réussi avec brio par Jean-François Sabouret, sociologue, directeur de recherche au CNRS et directeur du réseau Asie. S’interrogant sur la capacité du Japon a relevé les défis du XXIème siècle face à une Chine devenue hégémonique, il soutient que pour répondre à cette question il ne suffit pas de brosser le talent du Japon de l’après guerre. Il faut aller plus loin et «remonter à la source même de la modernité japonaise.» Un jeu de piste sur lequel La dynamique du Japon propose d’entraîner et de guider le lecteur.



Pour être exact, La dynamique du Japon n’est pas découpé en chapitres mais en thèmes. J’utilise le terme «chapitre» par simple commodité. L’ouvrage en comporte en tout 27 auxquels se rajoute une introduction. Mon objectif : présenter chacun d’eux de la manière la plus brève possible sans pour autant prétendre à les résumer.

Commentaires disponibles : 22/27


[B]Introduction
Jean-François Sabouret, sociologue CNRS, Cerlis – université de Paris V (France)

L’avenir de la zone Asie passe soit pas une guerre, soit par l’UA : l’Union Asiatique. Après la deuxième guerre mondiale, la population Japonaise a rejeté le nationalisme et s’est tournée vers le pacifisme. «A la question de savoir si le Japon constitutionnel et pacifique a fait des émules dans le monde, la réponse est négative. A la seconde question de savoir si le Japon a tenu ses engagements de ne pas posséder d’armée, la réponse est également négative». Celui-ci possède une armée dit d’autodéfense : les FAD (Forces d’autodéfense). «Une modification à la Constitution, un simple changement de dénomination, et les Fad deviendraient une armée offensive». Pour l’anecdote, il s’agit de la 2ème armée au monde. Quant à la deuxième hypothèse, celle de l’Union Asiatique : «Comme souvent en Asie, on ne nomme pas les choses, mais on les fait». Une entrée en matière remarquable qui scotche le lecteur au livre.


[B]Chapitre 1 : Une modernisation qui vient de loin : histoire, représentations, enjeux
Pierre-François Souyri, historien, université de Genève (Suisse)

1868 marque le passage de l’ère Edo (Ancien Régime) à celle Meiji (les lumières japonaises). Un terme revient souvent, celui de «restauration de Meiji», par là il faut comprendre que l’empereur revient sur le devant de la scène après avoir vu son rôle éclipsé par le shogunat (gouvernement militaire également appelé Bakufu). Les historiens présentent l’air Meiji comme une rupture ayant conduit à une modernisation expresse du Japon. Pierre-François Souyri remet en cause cette idée et préfère parler de «glissement progressif». D’exceptionnel le cas japonais en devient banal. Il démontre que la modernisation avait commencé pendant l’Ancien Régime dit «édotique»*, c'est-à-dire à la fois «pacifié et pacifiste». L’historien en arrive à poser une question très dure mais solidement bâtie : l’occidentalisation du XIXème et XXème siècle n’a-t-elle pas débouché sur la guerre ?


[B]Chapitre 2 : La «naissance» de la philosophie dans le Japon moderne
Hidetaka Ishida, philosophe, université de Tôkyô (Japon)

Si mes aptitudes à philosopher restent limitées (7/20 de moyenne lors de la classe de terminal), je n’ai aucune animosité à l’égard de la matière. A condition que le détenteur du savoir s’adresse à moi comme à un novice. Ce qui n’a pas été le cas dans ce passage du livre. Pour être honnête, j’ai même éprouvé un profond ras-le-bol en lisant un style ultra universitaire. Néanmoins voici l’ambition qu’affiche l’auteur en introduction : «Mon propos ici se limitera à interroger comment les Japonais, dans la modernité, en sont venus à faire de la "philosophie"». Seul point qui m’a paru intéressant et surtout compréhensible : «Il est important de comprendre que philosopher et traduire sont des activités très proches puisqu’il a fallu forger des concepts inédits, et donc une langue nouvelle pour rendre compte au Japon de la pensée de l’Occident».


[B]Chapitre 3 : Les grands thèmes littéraires de Meiji à nos jours
Cécile Sakai, littéraire, université de Paris VII (France)

«A commencer par la question fondatrice : la littérature moderne, dont on admet qu’elle s’est formée au cours des quatre décennies de l’ère Meiji, est-elle née d’une rupture avec le passé, ou participe-t-elle d’une continuité ? Cette question est en soi une aporie, évidemment.» J’avoue que le «évidemment» m’a été fatal. Pour ceux qui l’ignorent comme moi, une aporie est une «difficulté d’ordre relationnel paraissant sans issue (paradoxe, antinomie)». Je me demande si un mot du même genre existe pour décrire un passage paraissant sans fin. Le thème ne m’a guère intéressé ; exception faite peut-être du paragraphe sur «l’épreuve du politique».


[B]Chapitre 4 :L’institution impériale japonaise et la dynamique de la modernisation
Eric Seizelet, spécialiste du droit, CNRS, Institut d’Asie orientale, Lyon (France)

Sans son empereur (tennô en japonais), le Japon ne serait devenu ce qu’il est aujourd’hui. Même s’il ne gouverne pas l’archipel (entre la fin du XIIème et le milieu du XIXème siècle), le rôle de la royauté n’est pas à négliger, insiste Eric Seizelet. C’est elle qui légitime les gouvernants. La restauration de Meiji (1868) marque le début de la tennôcratie. «Soucieux d’assurer la cohésion idéologique et morale de la nation (…), le nouveau gouvernement voulut asseoir le changement sur un principe d’ordre et de stabilité qu’il trouva non pas dans les référents philosophiques ou religieux de l’empire, jugées trop faibles – à la différence du christianisme, qui fondait selon lui la culture politique occidentale – mais dans l’institution impériale.»


[B]Chapitre 5 : Les idées politiques du Japon de l’époque moderne
Shigeki Uno, politologue, université de Tôkyô (Japon)

Comme le titre l’énonce, ce chapitre brosse les idées politiques du Japon de l’époque moderne et plus précisément de 1853 à nos jours. Le point de départ (1853) a été l’arrivé des « bateaux noirs» du contre-amiral américain Matthew C. Perry. Pour résumer grossièrement, le Japon s’était totalement isolé de l’occident, quand soudain ses habitants voient leur arriver dessus une flotte de quatre navires à vapeur noirs. De quoi motiver l’ouverture. Quelques années après, le Japon s’apprête entrer dans la nouvelle ère Meiji, où le shogun restitue les pouvoirs de l’empereur. L’auteur, Shigeki Uno, précise cependant que «L’arrivée des "bateaux noirs" en 1853 ne suscita pas unanimement le désir de renverser le régime en place et d’instaurer l’égalité du peuple. Ceux qui provoquèrent les événements de 1867 (…) avaient conscience que l’invasion de leurs pays (…) pouvait affaiblir le shogunat en place.»


[B]Chapitre 6 : Maruyama Masao, citoyen du XXe siècle
Jacques Joly, philosophe, université d’Eichi, Amagasaki (Japon)

L’auteur, Jacques Joly, dresse un portrait engagé et en faveur de Maruyama Maso (1914-1996), philosophe Japonais partisan «d’une pratique démocratique fondé sur l’engagement d’un sujet libre se référant à des valeurs universelles». Inutile de se voiler la face, le chapitre n’est pas facile à lire, mais dégage des concepts aussi intéressants, qu’importants. «"Logique et psychologie de l’ultranationalisme" (ouvrage de Maruyama, ndlr), écrit en 1946, montre avec éclat que la dérive totalitariste, loin d’être un accident, ne fut que la suite logique de tout un processus, engagé dès Meiji, d’abandon de la personnalité publique et privée de chacun à un empereur instituant à la fois la souveraineté nationale et les valeurs morales fondatrices de la communauté. Cet abandon a culminé dans une paralysie psychologique, laissant le champ libre à tous les excès (…)»


[B]Chapitre 7 : L’armée et la guerre dans le Japon moderne
Sven Saaler, historien, université de Tôkyô (Japon)

L’historien Sven Saaler montre l’ascension du pouvoir militaire tout en soulignant l’interdépendance du Japon et des Etats-Unis. «Aujourd’hui non seulement les Etats-Unis constituent le partenaire principal du Japon pour sa sécurité, mais le Japon constitue également le pilier essentiel de l’hégémonie américaine en Asie du Nord-Est, comme l’a dit Christopher Hugues.» Sven Saaler revient sur la constitution de 1945 dans laquelle le Japon «renonce à jamais à la guerre». Actuellement les politiques japonais veulent revoir la place de l’armée (jusqu’alors des forces d’autodéfense) dans la société. L’auteur explique que ce choix s’inscrit dans «un courant global néo conservatisme» qui consiste à asseoir sa puissance et défendre ses intérêts par la force militaire. Un bémol cependant, qui semble réjouir l’historien, le Japon a quelques problèmes fiscaux… Ce qui le pousse à réduire le budget de l’armée et à privilégier la diplomatie.


[B]Chapitre 8 : Localiser la société civile au Japon
Jennifer Chan-Tiberghien, sociologue, université de British Columbia (Canada)

Laissons à l’auteur le soin de présenter ce qu’il recherche : «l’objectif ici est de délimiter sept périodes majeures et d’expliquer les rapports entretenus par l’Etat avec la société civile, à travers des exemples choisis parmi divers mouvements sociaux, spécialisés dans la défense des droits des femmes et des minorités, ou opposés à la guerre ou à la mondialisation économique». Pour rebondir sur le chapitre précédent, Jennifer Chan-Tiberghien, note que «nombre d’associations d’un type nouveau se sont créées, pour contrer le renouveau nationaliste et militariste que connaît le Japon aujourd’hui».


[B]Chapitre 9 : De l’arrivée des «bateaux noirs» à l’insubmersible alliance ?
Yves Tiberghien, politologue, université de British Columbia (Canada)

Complétant le cinquième thème du livre, ce chapitre remet en cause l’idée que 1945 formerait la rupture fondamentale de l’histoire diplomatique du Japon. «Une telle approche est doublement trompeuse», insiste Yves Tiberghien. L’une des raisons a déjà été vue. Il s’agit d’une ouverture au dialogue remontant au XIXème siècle. L’épisode de 1853 des «bateaux noirs» en est un exemple ; mais pas le premier. L’auteur remonte le temps et précise que déjà en 1846, le commodore Biddle avait frappé à la porte du Japon. «Il fut immédiatement éconduit, frappé au visage par un marin japonais, et remorqué au large. Les relations commençaient mal», constate avec amusement le politologue. Un chapitre fort bien écrit, facile d’accès, qui se termine en brisant la cloison d’analyse bilatérale «Japon/Etats-Unis» pour y introduire une troisième variable : la Chine.


[B]Chapitre 10 : Le Japon, entre histoire globale et histoire asiatique
Karoline Postel-Vinay, politologue, Fondation nationale des sciences politiques Ceri-Sciences po, Paris (France)

Et encore un autre excellent chapitre ! Identité asiatique ou identité occidentale, pas évident pour le Japon de se situer ; d’autant plus que les continents sont une invention occidentale comme le rappelle l’auteur. «(…) il n’est pas concevable que ce pays (le Japon) renie son héritage occidental, d’autant que celui-ci n’est pas une sorte d’acquisition qui viendrait simplement s’ajouter à une identité japonaise "authentique", mais fait partie intégrante de la façon dont laquelle l’archipel se positionne effectivement dans le monde. Il n’est pas certain, par ailleurs, que le mouvement de coopération en Asie du Nord-Est se poursuive de manière linaire durant les décennies à venir.»


[B]Chapitre 11 : Le Japon sur la scène mondiale : la quête d’égalité 1854 - 2004
Régine Serra, spécialiste des relations internationales, Institut national des langues et civilisations orientales (France)

L’occident occupé par la 1ère guerre mondiale, le Japon en profite pour s’étendre en Asie. A la fin du conflit, il demande même de prendre le contrôle des territoires chinois sous domination allemande en guise de récompense pour sa coopération avec les Forces alliées. Les négociateurs acceptent mais de façon temporaire et avec la ferme intention de redonner à la Chine ses territoires. Le Japon s’estime lésé. Et lorsqu’en 1931, la SND condamne ses pratiques impérialistes en Mandchourie, c’en est trop, il quitte le camp des vainqueurs. S’en suit une escalade jusqu’à la guerre, précédé par un traumatisme. «Le retour sur la scène internationale sera tardif.» Devenu une grande puissance économique, il aspire en 1967 à obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais toujours perçu comme un Etat ennemi, sa demande est refusée. Aujourd’hui encore, le Japon n’a toujours pas obtenu la place à l’ONU qu’il convoitait. Pourtant ce dernier peut être un généreux contributeur… mais à l’égard de causes pour lesquelles il trouve un intérêt. Passionnés de relations internationales, lisez à tout prix ce chapitre.


[B]Chapitre 12 : Histoire financière, fiscale et monétaire
Mark Metzler, historien, université de Texas-Austin (Etats-Unis)

Avec un tel titre, nul besoin d’expliquer de quoi retourne ce chapitre. Un petit résumé de la période contemporaine. Dans les années 80, le Japon devient la «nation créditrice numéro 1 sur la scène mondiale». Il connaît une croissance exceptionnelle et vit au dessus de ses moyens. En 1990, c’est la crise. Une grande restructuration financière s’opère mais le poids de la dette privée et publique reste énorme. En 1998, une loi instaure le principe d’une banque centrale indépendante. Le milieu bancaire connaît une concentration s’en précédent. En 2005, seules trois grands groupes demeurent : Mizuho, Sumitomo-Mitsui et Mitsubishi-Tôkyô.


[B]Chapitre 13 : L’évolution des institutions économiques et de la gouvernance d’entreprise
Jean-Pascal Bassino, économiste, Maison franco-japonaise à Tôkyô (Japon)

Bien qu’il ne paye pas de mine, ce thème est captivant. En 1858, le Japon s’ouvre au monde ; son économie aussi. Les échanges internationaux entraînent une libéralisation des échanges intérieurs. Le gouvernement souhaite la contrôler. Il interdit en 1872 les guildes de marchands et d’artisans qui, à l’époque d’Edo (l’ère avant Meiji), avaient la main mise sur le commerce de gros, l’artisanat et la finance. En 1877, l’Etat crée des chambres de commerce et d’industrie. Ainsi tombent les monopoles locaux dans la distribution.
De l’avènement des Zaibatsu…
L’ère Meiji marque également le début des Zaibatsu. Ces mastodontes financiers sont un ensemble d’entreprises contrôlées par une famille. Leur activité s’organise autour de banques et de compagnies d’assurance. Ils ont chacun une société de commerce chargé de diffuser l’information. Les Etats-Unis obtiennent leur dissolution en 1945. Les Zaibatsu deviennent des Keiretsu. Les changements touchent à la structure et au capital. Les héritiers sont expropriés de la tête du groupe et deviennent seulement des actionnaires minoritaires.
… à leur dissolution
Jean-Pascal Bassino précise qu’il existe deux types de Keiretsu pendant la période de Haute Croissance (1950-1973) : les organisations horizontales diversifiées bâties autour de banques et celles verticales spécialisées comme Nissan, Toyota, Hitaschi et Sony qui ne dépendent d’aucune banque. L’auteur précise que deux stratégies d’innovation s’affrontent : celle radicale et celle secondaire qui consiste à améliorer des produits déjà existants. Il donne l’exemple du groupe Matsushita surnommé «Maneshita» qui signifie «Il a imité».
Descendre du ciel pour mieux y remonter
Autre point abordé dans ce thème : l’Amakudari ("la descente du ciel"). Ce terme désigne la nomination de hauts fonctionnaires à des postes de présidents dans les sociétés pendant leur retraite. Une pratique ayant démarré dans les années 20. Ces prestigieux retraités connaissent les rouages administratifs et en font profité l’entreprise dans laquelle ils exercent. Jean-Pascal Bassino renverse le terme pour parler d’«Amanobori» : une "montée au ciel" à la fois lucrative et signe d’une volonté collective de domination, proche du trafic d’influence.
Une ascension dans le brouillard
L’Amakudari rend la gouvernance de l’entreprise opaque au point où les actionnaires ne sont pas informés en cas de faillite. Et comble du comble, les dirigeants eux-mêmes s’y perdent ! Ce qui a poussé le gouvernement japonais à déclarer en 2004 vouloir mettre fin à l’Amakudari. «Des engagements similaires avaient déjà été pris dans les années 1990», tempère l’auteur.


[B]Chapitre 14 : Technologie et recherche
Elisabeth de Touchet, historienne, université de Lille I (France)

Encore un excellent chapitre ou l’auteur dresse un parallèle entre la réussite des entreprises japonaises et le choix du pays de suivre «la voie du savoir technologique». Dès 1917 est créé le Riken, un laboratoire de recherche qui a pour but de favoriser «l’invention et la multiplication des brevets nationaux, sans oublier leur exploitation grâce à des accords de licence.» En 1949, le gouvernement japonais crée le MITI, le ministère du Commerce international et de l’industrie. Son but : aider les secteurs en difficulté et centraliser les informations et les découvertes. Les deux institutions existent toujours aujourd’hui. A noter, l’objectif du Japon en 2005 pour 2006 est de consacrer 3,4% de son PIB à son budget recherche. Cette somme est répartie à 17% pour le MITI et le reste (63%) pour le MEXT, le ministère de l’Education, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie.


[B]Chapitre 15 : Figures de la pauvreté
Philippe Pons, journaliste, correspondant du journal Le Monde au Japon

Qu’est-ce qu’un pauvre ? Surtout au Japon où le taux de chômage est de 5% ! Gare à l’image d’Epinal. A la lecture de l’article de Philippe Pons, le modèle social de l’archipel perd de sa splendeur. «Le capitalisme japonais a évolué et la société est devenue plus inégalitaire. (…) Le taux de chômage (…) donne une image partielle de la situation de l’emploi, qui se caractérise par une augmentation du travail précaire.»
A l’époque féodale, la discrimination faisait partie intégrante du système social du Japon. Il existait alors six classes : guerriers, paysans, artisans, marchands, les eta (êtres souillés) et hinin (non-humains). «Abolie comme système (en 1871, ndlr), la discrimination ne s’en poursuivit pas moins de manières plus ou moins insidieuse». Elle s’étendit aux pauvres en général.
Contrairement à la France, l’Etat japonais ne fournit une aide qu’en dernier recours. Il privilégie les solidarités primaires ; celle de la famille entre autre. Mais ces dernières tendent à disparaître. Les célibataires sont de plus en plus nombreux… la société a évolué.


[B]Chapitre 16 : La culture de consommation ambivalente du Japon
Patricia Maclachlan, sociologue, université de Texas-Austin (Etats-Unis)

«Le comportement du consommateur japonais possède une autre dimension (…) fondée sur des valeurs traditionnelles telles que la frugalité et la loyauté envers la nation. (…) Dans ce chapitre je me propose de tracer les origines et l’évolution de cette identité et, ce faisant, de montrer en quoi le comportement du consommateur japonais diffère de celui des autres pays occidentaux.» Tout est dit. Je dévoile seulement une partie de la conclusion. «Tant que l’avenir économique du pays leur paraîtra incertain, ils (les Japonais) continueront probablement à épargner plus et à dépenser moins que leurs homologues occidentaux.»


[B]Chapitre 17 : Les classes fortunées au Japon de Meigi à nos jours
Satoshi Kamata, journaliste, écrivain, Tôkyô (Japon)

Après un chapitre sur la pauvreté, c’est autour des riches de se voir consacrer quelques pages. L’auteur expose ici plusieurs portraits d’entrepreneurs japonais. Disons qu’il fallait le faire.


[B]Chapitre 18 : Les médias et la presse
Yves Carmona, diplomate, et Yves Bougon, éditeur (Hachette Fujingaho), Tôkyô (Japon)

Quelques infos méritent la lecture de ce thème. La première est une comparaison des rapports entre les médias et le politique. Les auteurs dégagent trois types de relations entre les deux : l’intégration (le modèle japonais), la contestation (le modèle français) et l’affranchissement (le modèle américain).
Autre point intéressant : la capacité des médias japonais à s’autocensurer. «Cette puissance des médias traditionnels va de paire avec un sentiment fort de responsabilité sociale -proche du paternalisme. Ce dernier (…) entraîne une certaine timidité faces aux excès des pouvoirs économique, financier, administratif et politique. Ce phénomène n’est pas complètement décalé d’une certaine réalité sociale puisque, selon une enquête du NHK de 2003, 36 pour 100 seulement des Japonais considéreraient la liberté d’expression comme un droit.»


[B]Chapitre 19 : L’éducation japonaise sous influence
Jean-François Sabouret, sociologue CNRS, Cerlis – université de Paris V (France)

Retour aux commandes du pilote. Jean-François Sabouret signe ici un papier sur l’éduction en se jetant sur le signal d’alarme. Avant d’arriver à la locomotive, prenons le train en marche et sautons dans le wagon de l’ère Meiji. De nombreux Japonais savent alors déjà lire, écrire et compter. En 1872 est promulguée la première ordonnance sur l’éducation. Danger, celle-ci est jugée par le gouvernement comme trop idéale : «la faculté de penser par soi-même (…) pouvait aller jusqu’à engendrer des individus susceptibles de remettre en cause bien des choses, même la légitimité du nouveau pouvoir.»
Du confucianisme au nationalisme
Le remède passa par une cuillère à soupe de confucianisme. «En mettant l’accent sur la morale, la loyauté, la piété filiale, la justice, l’éthique, et en reliant le tout à l’obéissance due par ses bons sujets à l’empereur Meiji, on pouvait espérer un peuple plus docile.» L’endoctrinement des enfants peut alors commencer. La France a eu son «famille-honneur-patrie», le Japon le sien : «armée, grandeur, empereur» (slogan fictif et inventé pour les besoins de ce commentaire, ndlr). L’ultranationalisme propulse le Japon dans la guerre. En 1947, les Etats-Unis élaborent la loi fondamentale sur l’éducation. Celle-ci met l’accent sur l’individu, son auto détermination et la recherche de la paix.
Alerte !
Contournons le prochain wagon des «boîtes à concours au coût élevé» et du système scolaire élitiste, pour directement aller en-tête du train, où l’auteur est suspendu à la corde du sifflet de la loco. «Le parti libéral-démocrate (PLD), qui a la haute main sur le Japon depuis 1955, exerce un contrôle puissant sur l’Education. Il est assez patent d’année en année, par touches successives, la foi fondamentale de 1947 est amendée et que de «vieux démons» d’avant-guerre hantent le système éducatif», alerte Jean-François Sabouret en donnant notamment l’exemple du drapeau et de l’hymne à l’empereur rendus obligatoires dans les cérémonies des écoles depuis 1999. Le sociologue termine le chapitre par une critique virulente contre ce révisionnisme et salue le travail des enseignants qui «sont aujourd’hui la cible d’hommes politiques conservateurs».

P.S : je ne pense avoir besoin de signaler que j’ai trouvé ce chapitre captivant.



[B]Chapitre 20 : Passé, légitimité et figure impériale dans le Japon moderne et contemporain
Arnaud Nanta, historien, CNRS (CRJ), Paris (France)

Ce chapitre, le plus court du livre (5 pages), revient sur la place centrale qu’a occupé la «figure impériale» dans les institutions au fil des siècles. L’auteur présente deux courants de pensée s’opposant : l’histoire impériale, qui insiste sur la continuité de l’empereur, et l’histoire nationale, qui milite en faveur de la continuité du peuple. Dans les deux cas, Arnaud Nanta juge le discours ethnocentriste et ajoute que «critiquée ou approuvée, la place de l’empereur comme fil directeur de l’histoire (…) reste une constante de l’écriture du passé».

J’ajoute également une citation d’Arnaud Nanta que je trouve révélatrice de l’esprit japonais :
«D’un point de vue de l’Etat, l’obéissance est davantage constitutive de la nationalité japonaise que ne l’est l’idée, éventuelle, de citoyenneté.»


[B]Chapitre 21 : Le Japon moderne et l’invention de la jeunesse
Kazuhiko Yatabe, sociologue, université de Paris VII (France)

«Evoquer la jeunesse japonaise et l’évolution de ses préoccupations, de ses aspirations, de ses idéaux ou de ses rêves durant ces cent cinquante dernières années n’est pas tâche aisée». Pourtant Kazuhiko Yatabe, l’auteur de la précédente citation, y parvient fort bien. Ce chapitre complète le 19ème thème du livre en présentant la jeunesse japonaise. A noter : un changement de mentalité s’opère dans les années 80 : la réussite économique s’estompe au profit du souci de soi : «Le meilleur n’est plus inscrit dans l’avenir, mais dans le présent. Or ce présent, dont on a pu dire qu’il est désormais "sans fin", devient aussi pluriel, multiforme, éclaté, la vise cesse de se présenter sous une forme linéaire et chacun doit la penser en termes de parcours personnel, en vue de réaliser ce qu’il estime devoir être réellement». A méditer.


[B]Chapitre 22 : Le fait religieux : rupture et continuité 1854-2004
Fabienne Duteil-Ogata, ethnologue, Ecole française d’Extrême-Orient (France)

Sans trop le détailler, ce chapitre porte (comme l’indique son titre) sur les religions au Japon. En voici seulement un court paragraphe, qui me semble néanmoins refleter l'idée clef : «Si le rapport aux institutions religions shintô et bouddhique est plus flottant, il n’empêche que les différentes politique religieuses et les mutations sociales n’ont pas totalement entamé la familiarité qu’entretiennent au quotidien les Japonais avec les divinités shintô-bouddhiques : Qui n’a pas vu au coin d’une ruelle ou près d’une station de métro un oratoire orné de fleurs ou de coupelles de saké ? *» Autre élément à retenir : les nouvelles religions ont la côte au Japon. Selon un sondage réalisé en 1996, un Japonais sur quatre en serait adepte.


[B]Chapitre 23 : Le sacrifice des campagnes japonaises
Philippe Pelletier, géographe, université de Lyon II (France)


[B]Chapitre 24 : La différence des entreprises japonaises
Patrick Fridenson, historien, Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris (France)


[B]Chapitre 25 : Naissance et renaissance de la question du travail
Bernard Thomann, historien, Institut national des langues et civilisations orientales (France)


[B]Chapitre 26 : Le mouvement ouvrier, entre les guerres
Paul Jobin, sociologue, université de Paris VII (France), & YoshioMiyake, philosophe, université de Chiba (Japon)


[B]Chapitre 27 : Féminisme, travail et mariage
Muriel Jolivet, sociologue, université de Sophia (Japon)

tontonio
02/06/2006, 20h51
Merci pour ce gros travail ced.
Question : comment as-tu découvert cet ouvrage qui me semble assez récent ?
D'autre part, est-ce qu'il te serait possible à l'occasion de nous en dire plus sur certains chapitres ? Je pense notamment
- au chapitre 7 sur l'armée japonaise moderne (2eme armée du monde, cela m'intrigue... parle-t-on de moyens, de puissance de feu, d'effectifs ?)
- au chapitre 11 (presque un corollaire du précédent)
- et enfin au chapitre 16 qui m'intéresse tout particulièrement (allez savoir pourquoi ^^)

Ced
02/06/2006, 21h25
En dire plus non, mais te prêter l'ouvrage oui. Si j'en dis plus, je dévoile tout... l'auteur risque de ne pas apprécier.

En revanche, je peux te confier que Jean-François Sabouret parle des effectifs mais pas de la puissance de feu du japon (d'après mes souvenirs).

J'ai découvert l'ouvrage sur Amazon. Je cherchais un ouvrage récent et assez général.

DenADorn
02/06/2006, 21h41
Il n'y avait pas de philosophie au japon avant l'ère moderne ?

Ced
03/06/2006, 00h03
Et c'est à moi que tu poses la question ? :rolleyes: Jocker

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DenADorn
03/06/2006, 16h19
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Ced
04/06/2006, 17h51
Ajout des commentaires pour les chapitres : 19,20,21 et 22. Je précise de suite que la lecture des deux derniers thèmes (26-27 ; à venir) vaut vraiment le coup.

Ed
05/06/2006, 13h11
Bravo pour cet excellent retour, tant sur la forme que sur le fond. Ca doit être un gros boulot. Chapeau !

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nico
07/06/2006, 16h10
Comme tu dis, ça s'adresse pas aux novices,
Va falloir que je prenne les bases déjà pour comprendre tes fiches...

tontonio
07/06/2006, 19h45
Pour les fiches à mon avis tu n'as pas besoin de bases, il s'agit plus d'une mide en appétit que Ced nous a fait, avec style journalistique en cadeau ;-)
Pour les bases toutefois, je te renvoie vers ce retour, de Ced également, ici (http://www.lesatirique.info/forum/showthread.php?t=2369)